Horne 5: une épée de Damoclès en zone urbaine surpolluée

Quebec, Canada
Thematic Social Forum on Mining and Extractivism to be held 16-20 October 2023 in Semarang, Indonesia

Image : Horne 5. Crédit : Ressources Falco Ltée, Rouyn-Noranda.(1)

Résumé

Notre cas emblématique de résistance à l’extractivisme concerne la réouverture d’une mine dans la ville de Rouyn-Noranda, au Québec (Canada). Le projet minier Horne 5 de Ressource Falco Ltée vise l’extraction d’un gisement polymétallique dont le principal attrait économique est l’or. Le projet est situé dans le quartier Notre-Dame et sous la Fonderie Horne de Glencore qui, depuis son ouverture en 1927, pollue drastiquement l’air de Rouyn-Noranda. 

 

Le projet Horne 5 figure parmi les projets miniers les plus dangereux, inacceptables et nuisibles des dernières décennies au Québec. En plus de présenter des risques psychosociaux importants, ce projet comporte des dangers catastrophiques pour la sécurité publique, l’équilibre socioéconomique, ainsi que pour la protection de l’environnement.

Image : La Fonderie Horne – Symbole de la pollution à Rouyn-Noranda, 1978. Crédit : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.(2)

Image : Les travailleurs de la Mine Noranda — photo prise entre 1962 et 1978. Crédit : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

Image : Travailleurs de la Mine Noranda sur la ligne de piquetage pendant la grève de 1946-1947. Crédit : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

Image : Marche anti-pollution organisée par le théâtre de Coppe qui avait pour thématique l’enterrement du lac Osisko, 1985. Crédit : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

Image : La Fonderie Horne de Glencore sous la neige et les rejets toxiques, photo prise entre 1962 et 1978. Crédit : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Rouyn-Noranda.

Image : La Fonderie Horne de Glencore pollue encore aujourd’hui. Crédit : Guillaume Proulx, 2019. Rouyn-Noranda.

 

Le paysage culturel de Rouyn-Noranda

Rouyn-Noranda est une ville de 42 000 habitant·e·s, située sur le Nitakinan, anicinape aki, territoire anicinabe non cédé. Le contexte politique de Rouyn-Noranda a été marqué par des luttes critiques sur les plans sociaux et juridiques et favorisant historiquement les industries extractives. Cette ville est un îlot de culture (musique, arts visuels, arts performatifs, théâtre, etc.) au sein de la forêt boréale. Rouyn-Noranda est le berceau d’une communauté pluriculturelle, résistante, militante et familiale. Le projet Horne 5 est situé notamment sur le territoire ancestral de la Première Nation de Long Point. Rouyn-Noranda cohabite avec les activités industrielles historiques depuis sa création, il y a 100 ans cette année.

Image : Page Facebook du Collectif 33 (3), Rouyn-Noranda.

Si accepté, le projet minier Horne 5 s’insérerait au cœur même de ce milieu de vie, sous une zone déjà fragilisée par de nombreuses galeries minières abandonnées. La littérature reflète d’ailleurs un manque de données sur les mines en milieu urbain, puisque ces études de cas sont peu nombreuses.

 

Horne 5 – L’épée de Damoclès

Image : Ressources Falco Ltée (4).

Le projet Horne 5 qui prévoit l’extraction de 15 500 tonnes de minerai par jour à des profondeurs allant jusqu’à 2 000 m et générant 80 millions de tonnes de résidus miniers a été soumis au BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) pour une consultation publique en 2024. Cette procédure nécessite, lorsque le gouvernement confie un tel mandat, que le président du BAPE forme une commission d’enquête chargée d’évaluer les impacts du projet. Cette évaluation formelle a mis en lumière plusieurs enjeux critiques, dont : 

1. Affaissements de terrain et sismicité induite : Sans compter tous les risques liés aux affaissements de terrain et la sismicité induite, notons que le projet est situé sous la Fonderie Horne — composée d’infrastructures désuètes — où des bassins d’acide sulfurique et autres produits toxiques pourraient engendrer de véritables catastrophes environnementales et des risques de mortalités importantes chez les travailleur·euse·s de même qu’au sein de la population. Rouyn-Noranda aura d’ailleurs déjà été témoin d’affaissement de terrain soudain en 2013, en plein coeur du parc Mouska — une aire de détente et de jeux familiale. Le trou de plus de 3 mètres se trouvait au-dessus du site de l’ancienne mine Chadbourne, l’une des nombreuses mines abandonnées dans les sous-sols de la ville. (5)

2. Droits ancestraux : L’apparence de contravention aux droits ancestraux de la Première Nation de Long Pointe constitue un enjeu important à ce projet minier. En effet, lors de la commission d’enquête, les réponses fournies par le gouvernement ont soulevé « des doutes raisonnables à l’effet que l’obligation constitutionnelle de consulter les autochtones détenteurs de droits ancestraux n’a pas été respectée pour l’ensemble des communautés dont le territoire est visé par le projet minier Horne 5, à commencer par la Première Nation de Long Pointe. ». (6)

3. Protection de l’eau : En plus de menacer l’intégrité de nombreux plans d’eau par l’implantation de pipelines de prélèvement d’eau douce, le projet Horne 5 comporte de nombreux risques de contamination grave du lac Dufault, soit le lac qui approvisionne l’unique station de pompage en eau potable de la ville de Rouyn-Noranda. Cette contamination pourrait se matérialiser par des fuites des pipelines de 17 km transportant les résidus miniers ou des fuites provenant des digues des parcs à résidus.

4. Écoblanchiment : La compagnie utilise un discours d’écoblanchiment quant aux actions liées à son plan de gestion du passif minier du projet, alors que leur plan en ce qui concerne les résidus miniers menace sérieusement l’environnement et la santé humaine. En effet, après avoir sélectionné un site non restauré pour accumuler les résidus projetés, le promoteur cherche à faire croire à la communauté qu’ajouter des matières acidogènes, lixiviables et cyanurées dans l’environnement puisse constituer une option avantageuse.

5. Qualité de l’air : Les activités industrielles réalisées par la Fonderie Horne de Glencore dans la ville de Rouyn-Noranda génèrent des taux alarmants de métaux lourds (arsenic, baryum, cadmium, cuivre, nickel et plomb). Les niveaux inacceptables de pollution atmosphérique générés par la fonderie, ainsi que la complicité du gouvernement qui les tolère constituent l’un des scandales environnementaux les plus persistants et les plus controversés au Québec. La littérature démontre d’ailleurs que la population de Rouyn-Noranda est exposée à un surplus de cancers du poumon, de maladies pulmonaires obstructives chroniques, de problèmes neurologiques et à des retards de croissance intra-utérins. La Fonderie Horne est encore autorisée à opérer la fonte de déchets provenant des quatre coins de la planète pour en extraire le cuivre, sous le seuil de 45 ng/m³ d’arsenic dans l’air à Rouyn-Noranda. La compagnie a obtenu un report jusqu’en 2030 pour l’atteinte d’un seuil intérimaire de 15 ng/m³, nonobstant la norme québécoise de 3 ng/m³ et peut maintenir ce seuil jusqu’en 2033. Pourtant, l’Institut national de santé publique du Québec stipulait en 2022 que si le seuil de 15 ng/m³ protège les groupes vulnérables (comme les enfants) contre certains effets, la seule cible à considérer comme sécuritaire demeure la norme de 3 ng/m³. Le projet Horne 5 cherche ainsi à s’insérer dans un milieu où les normes sont déjà dépassées, contrevenant au régime d’application de l’article 197 du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère. L’autorisation d’un nouveau projet minier ne ferait ainsi qu’aggraver une situation illégale tolérée depuis trop longtemps.

 

Credit: Guillaume Proulx, 2019, Rouyn-Noranda.

 

6. Coûts sociaux et économiques multiples : Les impacts socioéconomiques incluent d’abord l’augmentation de la demande en logement induite par l’arrivée de nouveaux travailleurs et de leur famille. Cette demande se manifeste malgré un taux d’inoccupation extrêmement faible de 0,9 % en 2025 (7), ce qui est nettement inférieur au seuil d’équilibre de 3 % reconnu au Québec. Autrement dit, Rouyn-Noranda est déjà confrontée à une grave crise du logement qui ne fera qu’empirer avec l’arrivée de nouveaux travailleurs. « Par ailleurs, la relocalisation progressive de résident·e·s pour la création d’une zone tampon à proximité de la Fonderie Horne — mesure à venir après 2028 — témoigne de l’ampleur des défis environnementaux et sanitaires avec lesquels la ville et sa population doivent (déjà) composer» (8). S’ajoutent à cela l’anxiété et la fatigue sociale de la population ainsi que les menaces sur l’attractivité et la vitalité de Rouyn-Noranda sur le long terme.

Agenda des luttes et de la résistance

Voici un survol de l’agenda de la mobilisation citoyenne en lien avec le projet Horne 5.


  • 17 mai 2024 | Appel à la mobilisation citoyenne

Diffusion d’un communiqué de presse qui invitait la population de Rouyn-Noranda à assister à la première rencontre d’information au sujet du projet Horne 5. 


  • 21 mai 2024 | Envoi d’une lettre officielle au ministre de l’Environnement et d’une lettre officielle au président du BAPE 

Envoi d’une lettre officielle au ministre faisant la demande conjointe d’audiences publiques menées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le projet Horne 5 ainsi que d’une lettre officielle au président du BAPE faisant la demande conjointe de tenir une rencontre préparatoire à l’intention du public avant l’audience publique. La rencontre préparatoire a eu lieu le 13 août 2024.

  • 27 juin 2024 | Invitation à un atelier de planification de la participation communautaire

Diffusion d’un communiqué de presse invitant les citoyen·ne·s à un atelier gratuit le 7 juillet 2024 sur la planification d’une participation aux audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour le projet minier Horne 5.

  • 14 et 26 août 2024 | Participation à des rencontres stratégiques avec les citoyen·ne·s de Rouyn-Noranda

Deux rencontres stratégiques tout juste avant le début de la commission d’enquête.

  • 27 août 2024 | Début des audiences du BAPE à Rouyn-Noranda : Plusieurs questions cruciales à poser sur l’inquiétant projet minier Horne 5

Diffusion d’un communiqué de presse stipulant que : « La société civile est prête pour l’exercice. Malgré le déclenchement du dossier en plein été et une présentation de la documentation anarchique et sans préavis de la part de la compagnie, les groupes sont parvenus à étudier en détail le dossier en mettant leurs ressources en commun.»

Image : Rouyn-Noranda pendant le Bureau d’audiences publiques de l’environnement au sujet du projet Horne 5. Crédit : Radio-Canada / Lise Millette (9)

  • Du 27 au 29 août 2024 | Participation aux cinq séances de la première partie des audiences publiques du BAPE à Rouyn-Noranda.

Période d’information et de présentation des tenants et aboutissants du projet ainsi que des enjeux environnementaux. Les citoyen·ne·s peuvent notamment poser des questions au promoteur. 

Image : Grande manifestation à Rouyn-Noranda organisée par Mères au front et leurs allié·e·s, 13 octobre 2024| Assez c'est assez| NON À HORNE 5 ! Crédit : Williams Nourry

    Image : BAPE en préparation, café-bar L’Abstracto, Rouyn-Noranda. Crédit : Guy Leclerc

    • 16 au 26 septembre 2024 | Période de temps octroyée à la transmission de points de vue à l’oral, par le biais d’un mémoire, par commentaire ou par image commentée.

    Le 26 septembre était la date limite pour le dépôt des mémoires. La Coalition Québec Meilleure Mine et MiningWatch Canada ont fait un dépôt d’un mémoire conjoint concernant le projet minier Horne 5 de Ressource Falco Ltée.

     

    • 30 septembre au 3 octobre 2024 | Deuxième partie d’audience publique du BAPE pour le projet minier Horne 5 de Ressources Falco.

    Cette deuxième partie permet aux personnes de s’exprimer sur le sujet. C’est l’occasion d’émettre, par exemple, des recommandations ou même de faire la présentation à l’oral de son mémoire.

     

    • Automne 2024 | Recommandation d’octroi d’un mandat d’analyse des risques sismiques de la part des autorités de santé régionales.

    Les autorités de santé régionales (le CISSS-AT) ont recommandé au ministère d’exiger des études approfondies sur les risques de tremblements de terre causés par la mine. La préoccupation majeure concerne le centre de radio-oncologie — également situé dans le quartier Notre-Dame — de Rouyn-Noranda, où les vibrations pourraient endommager les équipements de soin.

    • 23 décembre 2024 | Dépôt du rapport du BAPE au ministre.

     

    Le nerf de la guerre

    C’est par le processus du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) que la Commission d’enquête a officiellement conclu, le 7 janvier 2025, que le projet Horne 5 est inacceptable. Le rapport stipule que le projet ne répond pas aux exigences minimales de sécurité, de santé publique et de protection de l’environnement. Un réseau important d’organisations s’est uni pour se tenir debout face à Ressource Falco Ltée avant et pendant la Commission d’enquête menée par le BAPE.

    Image : Grande manifestation à Rouyn-Noranda organisée par Mères au front et leurs allié·e·s, 13 octobre 2024, sur la 9e rue| Assez c’est assez. Crédit : Williams Nourry

       

      Portrait des combattant·e·s

      Premières Nations

      • Première Nation de Long Point (LPFN) : Suite à la commission d’enquête, la Première Nation se questionne au sujet des répercussions du projet sur la qualité de l’air, de l’eau et sur l’économie locale. Elle exige que des études environnementales et socioéconomiques soient menées directement par la communauté pour protéger ses droits ancestraux. La LPFN s’est exprimée lors des audiences du BAPE, a fait valoir ses droits sur son territoire traditionnel non cédé et a insisté sur le fait que le projet doit obtenir le consentement préalable et éclairé de la LPFN, tel que détaillé dans son communiqué de presse : « No Consent = No project ».

       

      Groupes environnementaux

      • Conseil Régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue — Organisme sans but lucratif (OSBL) visant à promouvoir la conservation et l’amélioration de la qualité de l’environnement) : a soumis 162 recommandations au BAPE, dénonçant le manque de considération des effets cumulatifs du projet. Le CREAT souligne l’insécurité sanitaire illustrée par les « gestes simples » (nettoyage par aspirateur avec filtres HEPA, alimentation spécifique pour limiter l’absorption de plomb et de cadmium) suggérés à la population par la Santé publique, témoignant d’un milieu déjà saturé de contaminants et de stresseurs environnementaux.
        • Eau Secours OSBL basée à Montréal visant la promotion de la protection et de la gestion responsable de l’eau au Québec : rappelle à la deuxième partie du BAPE le manque flagrant de cohérence dans la proposition de la compagnie de créer un parc à résidus minier (prévision de 40 millions de tonnes de résidus hautement réactifs et acidogènes) directement dans le bassin versant de la source d’eau potable de la ville, soit le Lac Dufaut. L’organisme souligne que le promoteur n’a d’ailleurs pas présenté de plan d’urgence en cas de bris d’installations.
        • Action Boréale — OSBL basée en Abitibi-Témiscamingue visant à promouvoir la préservation des forêts boréales du Québec : Rappelle au gouvernement, suite au dépôt du dur rapport du BAPE, son rôle de responsable de l’environnement. L’Action Boréale affirme que le projet comporte plus de répercussions négatives que d’avantages pour la communauté.
        • Société pour vaincre la pollution (SVP) — OSBL oeuvrant à défendre les droits des citoyen·ne·s à un environnement sain : Apporte un soutien, affirmant qu’« il s’agit d’une mine de trop pour Rouyn-Noranda ».
        • MiningWatch Canada — organisation non gouvernementale basée à Ottawa, agissant à titre de chien de garde de l’industrie minière : Demande encore à ce jour au gouvernement de cesser tout investissement dans ce projet nocif et de confirmer publiquement son opposition.
        • Regroupement vigilance mines de l’Abitibi et du Témiscamingue (Revimat) — OSBL qui milite pour améliorer la Loi sur les mines et pour la protection de l’environnement : réitère son opposition au projet dans un communiqué de presse conjoint de réaction notamment puisque « la possibilité de mouvements sismiques peut causer des dommages aux structures de la fonderie et libérer des produits toxiques dans l’air ». 
        • Comité Arrêt des rejets d’émissions toxiques (ARET) — groupe citoyen qui milite pour la réduction des polluants atmosphériques  : fais, pour sa part, référence à la qualité de l’air dans ce même communiqué de presse : « Nous comptons donc que ces recommandations mettront fin au projet, car la population est déjà surexposée à des rejets toxiques de façon inacceptable ».

        Santé, justice sociale, et solidarité communautaire

        • Mères au Front (Rouyn-Noranda) — groupe local du mouvement pancanadien Mères au front qui rassemble des mères et grands-mères mobilisées par le désir d’agir pour protéger l’avenir de nos enfants et la vie sur terre face à l’urgence climatique. Ce groupe, agissant uniquement par devoir de protection envers les générations futures, place au cœur de sa lutte le droit à la santé, à la sécurité et à un environnement sain. Elles considèrent que l’industrie minière est incompatible avec les périmètres urbains et s’opposent au projet Horne 5 parce qu’il accroîtrait la vulnérabilité d’une population déjà surexposée à de nombreux contaminants neurotoxiques.

            Image : Manifestation organisée par Mères au Front le 13 octobre 2024 à Rouyn-Noranda pour rappeler au gouvernement Legault (premier ministre à l’époque) que la situation qui perdure à Rouyn-Noranda est inacceptable. Crédit : Maude Desbois (10)

            • Centre Entre-Femmes : Présent dans la communauté depuis plus de 30 ans, cet organisme œuvre à l’amélioration des conditions de vie des femmes. Sa lutte contre le projet Horne 5 porte sur la pauvreté et les inégalités économiques : les emplois créés étant majoritairement masculins, le centre dénonce un accroissement des écarts salariaux en région industrielle et demande une analyse des impacts selon le genre, craignant également une hausse des risques de violence et des problématiques liées à la consommation d’alcool et de drogue.

             

            • Coopérative d’habitation Boréale : S’opposant à la vision de 15 ans du promoteur, la Coopérative défend un cycle de développement urbain sur 40 ans en vue d’assurer l’avenir du quartier. Sa lutte met en lumière les coûts sociaux invisibles : elle rappelle que les populations portent dans leur chair les détresses (suicides, violences conjugales) liées aux fluctuations du prix de l’or, des drames humains dont aucun budget ne prévoit d’éponger les conséquences. La Coopérative a reçu une très forte demande dans les dernières années, demande auquel elle ne peut répondre.

             

             

            • L’Association des locataires de l’Abitibi-Témiscamingue : s’oppose aussi au projet Horne 5 et a participé au BAPE, revendiquant notamment au sujet de la pression que ce projet viendrait ajouter à cette « zone sacrifiée ». Cette association considère qu’un logement est « un lieu où toustes devrait être en sécurité jour et nuit. ». La ville de Rouyn-Noranda est en crise du logement depuis près de 15 ans. Leur argumentaire soulignait aussi qu’en plus de toutes les dangerosités soulevées du projet, le milieu a plus souvent qu’autrement le fardeau de trouver des solutions et les accommodements pour la population. Cette pression supplémentaire n’est absolument pas souhaitable sur les organismes communautaires de Rouyn-Noranda.

              L’oppression systémique de l’extraction

               

              Au Québec, les communautés visées par des projets miniers sont opprimées par un flagrant manque de suivi de la part du gouvernement dans les investissements massifs qu’il octroie au secteur minier, ainsi que par l’accélération des projets miniers au détriment des communautés. 

              Pour sa part, Ressources Falco Ltée. exerce une rétention et une déformation de l’information perpétuelle, en plus de manquer d’écoute face aux inquiétudes de la population et de considération envers les évaluations environnementales. Le dépôt récent (sorti dans les médias à la fin mai 2026) du rapport d’experts mandaté pour l’analyse des risques associés à la sismicité abonde en ce sens. Ce rapport tant attendu par la population n’a pas éclairé le flou qui persiste quant à la sécurité des personnes et du centre de radio-oncologie. Une demande d’accès à l’information n’a permis d’obtenir qu’une version entièrement caviardée dudit rapport, empêchant de connaître presque l’entièreté du contenu. 

              Parallèlement, la communauté de Rouyn-Noranda subit un cycle historique de menaces de fermeture industrielle de la part de Glencore, créant une polarisation profonde au sein des familles et de la population, plaçant les citoyen·ne·s dans un faux dilemme permanent entre survie économique ainsi que de la protection de l’environnement et de la santé globale

              Toustes retiennent leur souffle depuis longtemps maintenant.

              Un an et demi après le dépôt du rapport du BAPE, le projet Horne 5 franchit ses dernières étapes d’évaluation d’impacts. À ce stade critique précédant une possible exploitation, les communautés sont dans l’attente de la décision finale concernant le décret d’autorisation prétendu pour juin 2026, selon le dernier Comité consultatif de la compagnie en date du 18 mars 2026. Le paysage culturel de la ville dépend désormais de ce décret gouvernemental, qui déterminera si les autorités choisissent d’ignorer ou de respecter le constat d’inacceptabilité émis par le BAPE. Il est sincèrement souhaité que la décision finale serve le meilleur intérêt de la population locale et de la Première Nation Anicinape, tout en garantissant la protection de l’environnement ainsi que la qualité de l’eau et de l’air.

              À ce jour, toutefois, le réseau de militant·e·s demeure mobilisé. 

              Image : Grande manifestation à Rouyn-Noranda organisée par Mères au front et leurs allié·e·s, 13 octobre 2024| Assez c'est assez| NON À HORNE 5 ! Crédit : Williams Nourry

              Image : Grande manifestation à Rouyn-Noranda organisée par Mères au front et leurs allié·e·s, 13 octobre 2024| Assez c’est assez| NON À HORNE 5 ! Crédit : Williams Nourry

              Et dans quel but?

              Une victoire signifierait le rejet et l’arrêt définitif du projet Horne 5 afin de garantir la sécurité et la santé des citoyen·ne·s de Rouyn-Noranda grâce à une considération réaliste des impacts cumulatifs du projet, de la capacité de support du milieu où siège le projet et du rythme effréné de l’agenda pro-extractiviste des entreprises qui prisent la région de l’Abitibi-Témiscamingue. En attendant, nous sommes fier·ère·s de dire que les gens de Rouyn-Noranda sont une grande inspiration pour la Coalition Québec meilleure mine et que leurs efforts représentent un exemple à suivre. Les moyens pris par la communauté pour se mobiliser contre tous ces géants extractivistes est « admirable à l’échelle mondiale ».

              Image : La Fonderie Horne au coucher du soleil. Crédit : Guillaume Proulx, 2020, Rouyn-Noranda.

              Image : Quartier Notre-Dame, la nuit. Crédit : Guillaume Proulx, 2019, Rouyn-Noranda.

              Références

               

              1 – Profil Facebook de l’entreprise : https://www.facebook.com/RessourcesFalco/

               

              2-  Rivard, J. (December 2021). Démarrage de l’usine d’acide sulfurique de la fonderie Horne – 20 décembre 1989 | Héros sans panache | Société d’histoire de Rouyn-Noranda.http://shrn.ca/des-jours-qui-ont-fait-rouyn-noranda/20-decembre-1989-demarrage-de-lusine-dacide-sulfurique-de-la-fonderie-horne

               

              3 – Page Facebook du Collectif 33 :https://www.facebook.com/photo?fbid=122104798005292317&set=pcb.122104801341292317&locale=fr_CA

               

              4 –  Cotnoir, J.-M. (May 25, 2026).Horne 5 : le flou persiste quant aux risques sismiques. Radio-Canada.https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2256119/horne-5-mine-risque-sismique-cisss-at

               

              5 –  Luneau, A.-C. (2013, February 6). Rouyn-Noranda : le sol s’affaisse au parc Mouska. Radio-Canada.  https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/599141/trou-parc-mouska

               

              6 –  QMM and MWC. (2024, September 26). Mémoire | BAPE projet minier Horne 5 de Ressources Falco à Rouyn-Noranda | Mining Watch Canada. https://miningwatch.ca/fr/blog/2024/9/26/memoire-bape-projet-minier-horne-5-de-ressources-falco-rouyn-noranda

               

              7-  OBVAT. (2026, 4 juin). Taux d’inoccupation des logements, Abitibi-Témiscamingue et Québec, 1996 à 2026p – L’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue. https://www.observat.qc.ca/statistiques/taux-dinoccupation-des-logements-abitibi-temiscamingue-et-quebec-1996-a-2026p/ 

              8- BAPE, Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. (2024).Projet Horne 5 à Rouyn-Noranda par Ressources Falco ltée: rapport d’enquête et d’audience publique. Bureau d’audiences publiques sur l’environnement Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/dossiers/mine_horne5/

               

              9 –  Millette, L. (2025, 4 mars). Projet Horne 5 : Québec freine l’élan de Ressources Falco. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2145532/falco-horne-fonderie-rouyn-noranda-mine

              10 –  Fortin-Rondeau, I. (2025, 18 novembre). Le Pudding à l’arsenic : une version industrielle signée Fonderie Horne. https://www.meresaufront.org/billets-de-blogue/le-pudding-a-larsenic-une-version-industrielle-signee-fonderie-horne